On récupère un tour, une scie à ruban ou un compresseur triphasé pour équiper le garage, et la première question tombe : comment alimenter une machine en 380 V quand on n’a que du 220 V monophasé au compteur ? Le transfo 380V en 220V (ou plus exactement 400 V vers 230 V selon les normes actuelles) est la réponse la plus courante, mais un mauvais dimensionnement grille le moteur ou fait sauter le disjoncteur.
Voici comment aborder le problème concrètement.
Tension réelle au compteur : 380 V ou 400 V, mesurer avant d’acheter
Les plaques signalétiques des vieilles machines indiquent souvent 380 V, et les transfos d’occasion portent la même mention. En pratique, la tension normalisée en France est désormais 400 V entre phases et 230 V entre phase et neutre. L’écart paraît faible, mais il suffit à saturer le circuit magnétique d’un transformateur sous-dimensionné.
Avant tout achat, on branche un multimètre au disjoncteur d’abonné. Si la tension mesurée entre deux phases avoisine 400 V, il faut un transfo marqué 400/230 V, pas un vieux modèle 380/220 V récupéré sur un chantier. Un transfo dont le primaire est prévu pour 380 V alimenté en 400 V réel va chauffer anormalement et risque de claquer à moyen terme.
Puissance du transformateur 380V en 220V : la règle du courant de démarrage
Le piège classique, c’est de lire la puissance nominale du moteur sur la plaque et de choisir un transfo de la même puissance. Un moteur de 2 kW consomme bien plus au démarrage qu’en régime établi. Le courant d’appel peut atteindre plusieurs fois le courant nominal pendant quelques secondes.
Pour dimensionner correctement, on part de la puissance apparente (en VA ou kVA) et non de la puissance utile (en watts). Le transformateur doit encaisser le pic de démarrage sans que la tension de sortie ne s’effondre.
Méthode de calcul concrète
- Relever la puissance nominale du moteur en watts et le cos phi indiqué sur la plaque (souvent autour de 0,8 pour un moteur asynchrone). Diviser les watts par le cos phi pour obtenir la puissance apparente en VA.
- Multiplier cette puissance apparente par un coefficient de démarrage. Pour un moteur à démarrage direct, on retient généralement un facteur de sécurité qui couvre le pic d’appel. Un transfo dont la puissance nominale est nettement supérieure à la puissance apparente du moteur encaissera le démarrage sans broncher.
- Vérifier que la section des câbles entre le transfo et la machine est cohérente avec l’intensité en sortie. Un câble trop fin crée une chute de tension qui fait tourner le moteur en sous-alimentation.

Abonnement triphasé ou monophasé : la contrainte qu’on oublie
Beaucoup de bricoleurs raisonnent uniquement sur le transfo sans regarder leur abonnement. En France, Enedis impose le triphasé au-delà de 15 kVA de puissance souscrite. Pour un atelier qui cumule un tour, une perceuse à colonne et un poste à souder, la puissance totale appelée peut dépasser ce seuil.
Si l’abonnement est en monophasé et que la puissance souscrite suffit, un autotransformateur ou un transformateur d’isolement permet de convertir la tension pour une seule machine. En revanche, si on prévoit d’alimenter plusieurs machines triphasées, demander le passage en triphasé à Enedis est souvent plus pertinent que d’empiler les transfos.
Coût et procédure de changement d’abonnement
Le passage de monophasé à triphasé (ou l’inverse) implique une intervention sur le branchement et le compteur. Le coût dépend de la configuration du réseau local et de la distance entre le coffret et le tableau. Les retours varient sur ce point, car chaque installation présente des particularités. Le tableau électrique doit aussi être adapté : un tableau triphasé répartit les circuits sur les trois phases pour équilibrer la charge.
Autotransformateur ou transformateur d’isolement : quel type pour l’atelier
On trouve deux grandes familles de transfos pour cette conversion, et le choix a des conséquences sur la sécurité.
L’autotransformateur est plus compact et moins cher à puissance égale. Il n’offre cependant aucune isolation galvanique entre le primaire et le secondaire. En clair, un défaut côté 400 V peut se propager côté 230 V. Dans un atelier où l’on manipule des pièces métalliques, ce risque n’est pas anodin.
Le transformateur d’isolement sépare physiquement les deux circuits. Il est plus lourd, plus volumineux, plus cher, mais il protège l’utilisateur et l’appareil en cas de défaut. Pour un usage régulier en atelier, c’est la solution la plus sûre.
- Autotransformateur : adapté à un usage ponctuel, machine légère, budget serré. Vérifier la présence d’un disjoncteur différentiel en amont.
- Transformateur d’isolement : recommandé pour un atelier avec machines-outils, soudure, ou environnement humide. La sécurité justifie le surcoût.
- Variateur de fréquence (VFD) : alternative au transfo quand on veut alimenter un moteur triphasé depuis du monophasé, avec en prime le contrôle de la vitesse. Le VFD convertit le monophasé 230 V en triphasé 230 V ou 400 V selon le modèle.

Protection électrique et section de câble : les deux points à ne pas négliger
Un transfo sans protection en amont, c’est un court-circuit qui attend son heure. Le disjoncteur placé avant le transformateur doit être calibré sur l’intensité primaire du transfo, pas sur celle de la machine. Côté secondaire, un second disjoncteur protège le circuit de sortie.
La section des câbles doit correspondre à l’intensité réelle en sortie du transfo. Sur un circuit 230 V, l’intensité est plus élevée qu’en 400 V pour la même puissance. Un câble de 2,5 mm² suffit pour de faibles puissances, mais dès qu’on dépasse quelques kilowatts, il faut passer en 4 mm² ou 6 mm² selon la longueur du circuit et les prescriptions de la norme NF C 15-100.
Dernier point souvent négligé : la mise à la terre du transfo lui-même. Le châssis métallique doit être relié au conducteur de protection. Sans cette liaison, un défaut interne reste invisible pour le différentiel et crée un risque d’électrocution.
Un transfo bien dimensionné, correctement protégé et câblé avec la bonne section de fil transforme un garage ordinaire en atelier fonctionnel. Le temps passé à mesurer la tension réelle au compteur, calculer la puissance apparente et choisir entre autotransformateur et transformateur d’isolement évite des pannes répétées et, surtout, des situations dangereuses.